Un dilemne entre enjeux écologiques et developpement économique.

I. Vers un désastre écologique.

Sans l’eau, Las Vegas n’existerait pas. C’est l’accès à l’eau qui a rendu possible la croissance de la ville. Mais Las Vegas est un paradoxe. Celui d’un contexte défavorable, celui de la ville du jeu et des excès qui génère des comportements de consommation à tout va, notamment en matière de consomation l'eau.

Les gaspillages.

La création et le développement d'une ville de la démesure au milieu du désert a conduit à des dépenses très élevées d'eau, trop élevées par rapport aux ressources disponibles qui ne permettent plus de faire face à l'accroissement de la population et aux modes de consommation. La consommation d’eau à Las Vegas, première destination touristique des Etats-Unis avec 40 millions de visiteurs est de 1000 litres par jour par personne, soit 4 fois plus qu’à Paris.  

310 ! C'est en moyenne le nombre de jours de soleil que revendique la ville. Entre mai et septembre, le taux d'humidité est extrêmement bas. En revanche, Las Vegas reçoit moins de 10 cm d'eau par an. Ce climat désertique, sec et chaud au moins pendant 7 mois de l'année, associé au mode de vie américain s'est également traduit par une généralisation de la climatisation qui elle-même entraine une consommation d'eau extraordinaire. Ce n'est pas le seul effet pervers de l'édification de cette ville en plein désert. Ainsi, que ce soit les jardins en ville superbement entretenus à grand frais d'arrosage comme les golfs, ou l'agriculture intensive nécessaire pour nourrir une population en constante augmentation; ils ne sont possibles qu'avec un arrosage quasi-permanent qui induit un gaspillage colossal d'une ressource en très forte diminution.

Températures moyennes

Las Vegas
MoisJan.Fév.Mar.Avr.MaiJun.Jul.Aoû.Sep.Oct.Nov.Déc.Année
Température maximale moyenne (°C) 13 17 20 25 31 37 40 38 34 27 18 13
26
Température minimale moyenne (°C) 1 3 6 10 15 20 24 23 18 12 5 1
12
Précipitations (mm) 15 13 13 5 5 2,5 10 13 7,6 5 10 10
10,4
Source : Weatherbase

Des interventions excessives de l'homme sur la nature

Le village de Las Vegas, dans la première partie de son existence, a pu vivre normalement de part une ressource relativement importante en eau, raison pour laquelle ce site a été choisi comme station sur le chemin de fer reliant Salt Lake City à Los Angeles. La légalisation du jeu en casino au Nevada alors qu'il n'était pas autorisé dans les autres Etats, à entrainé une fuite en avant vers le développement des hôtels-casinos et une ville toujours plus grande où la vie de luxe nécessitait de plus en plus de besoins incompatibles avec les ressources naturelles initiales de la région.

comparaison 

Ces besoins ont conduit les autorités de l'Etat à entreprendre la construction pharamineuse du Barrage Hoover (voir vues aériennes).  Afin de pouvoir construire la voute du barrage, la déviation du cours de la rivière fut d'abord nécessaire. De chaque côté de la rive, quatre tunnels de dérivation furent creusés en six mois à travers le "Black Canyon". Ces galeries permettaient l'évacuation des eaux fluviales pour laisser place à un site sec, au milieu du canyon. Cette tâche titanesque (creusement des tunnels) a commencé en mai 1931 pour être terminée avant la crue du fleuve, au printemps suivant. Pour la construction de ce barrage, véritable défi technologique et symbole du New Deal, le gouvernement américain n'accorda le contrat de construction qu'à la condition que l'ouvrage soit achevé en moins de 5 ans. Cette construction, dont la forme est celle d'une arche de gravité (barrage voûte) a créé un lac de retenue, le Lake Mead, qui a totalement modifié le paysage de la région. 

Ce lac artificiel à cheval sur les Etats du  Nevada et de l’Arizona est en effet le plus grand réservoir d’eau des Etats-Unis, et l’un des plus grands au monde avec aujourd'hui une superficie qui est encore de 593 km(35 milliards de m3) en dépit d'une réduction annuelle depuis près de 10 ans. Les conséquences écologiques générées par la construction du barrage et la mise en eau du lac de retenue sont les suivantes : tarissement des nappes, assèchement de certains ruisseaux qui provoquent la disparition de plusieurs espèces, affaissement des sols. Sur ce dernier point, des chercheurs du laboratoire de géologie de l'Ecole Normale supérieure et de l'Institut de physique du Globe de Paris ont mesuré pour la première fois  par interférométrie radar le déplacement du sol dû au remplissage du lac Mead.

Aussi,  comme le dit le vice-président pour la recherche de Las Vegas Stan Smith: "We landscape lakes and mountains to support economic growth, but we do this with little regard for the environmental context."

L'eau est à la source de conflits d'usage.  

Aujourd’hui l’eau de Las Vegas provient majoritairement du Colorado (à 90%) avec la réserve du lac Mead, puis de la nappe phréatique. Pour trouver de nouvelles sources d’approvisionnement, Las Vegas, dont le développement dépend largement de l’approvisionnement en eau, a demandé une nouvelle renégociation des quotas du Colorado, de l’eau de la Virgin River, ainsi que l’eau de certains bassins d’infiltration.  Ces solutions comportent en elles-même des défauts qui comme certains le disent, peuvent conduire à "la guerre de l'eau" car le problème de l'eau est un casse-tête pour les fermiers qui considèrent d'un mauvais oeil le dévelopement urbain.

En effet, l’eau est à la source de conflits d’usage. L’eau du Colorado, fleuve largement « barré » (jalonné par des barrages : Hoover dam, Glen Canyon,.. ;) ne suffit plus pour satisfaire la demande d’Etats fédérés ou de groupes d’intérêts (agriculteurs) à l’intérieur même de ces Etats qui s’en disputent le contrôle. C’est la Californie qui pendant très longtemps a concentré l’essentiel de la croissance économique. Elle a profité des quotas en eau de tous les Etats voisins. Or, la situation est appelée à changer, avec le développement de villes de l’intérieur comme Las Vegas, aux besoins élevés. Dès lors, des tensions naissent, y compris au sein même de l’Etat du Colorado où une « guerre de l’eau » oppose les villes aux agriculteurs.

II. Une ville qui ne cesse de s'agrandir

Une ville attractive

La ville occupe l'une de première place au monde en termes d'organisation de foires, salons et congrès. Las Vegas est également devenu le temple du shopping et très modestement se décrit comme "the Entertainment Capital of the World" (la capitale mondiale du divertissement)!
La population de l'agglomération (Las Vegas Valley), multipliée par trois en 20 ans, comprennait en 2009 près de 2 millions d'habitants. Les pages jaunes de l'annuaire sont réactualisées deux fois par an. Cette croissance s'explique notamment par une fiscalité quasiment inexistante, des infrastructures de premier plan, des prix de l'immobilier raisonnables et un climat au beau fixe toute l'année. C'est même la ville la plus attractive du pays.

Actuellement les casinos occupent 5 des 16 km du Las Vegas boulevard.

Une activité économique qui s'est diversifiée

Construite autour du jeu à l'image alléchante mais sulfureuse, la ville oriente depuis ces dernières  années ses efforts en direction des familles à grand renfort de parcs d'attractions. Les hôtels rivalisent d'imagination offrant des éruptions volcaniques, des aquariums gigantesques et des reproductions miniatures des plus grandes villes du monde.

Toutes ces installations ainsi que les dizaines de lacs artificiels aménagés dans les banlieues exercent une pression toujours plus lourde sur les réserves en eau de la ville.

Las Vegas, qui accueille une quarantaine de millions de visiteurs par an, cherche aujourd'hui à diversifier ses activités économiques. Banques et commerces ont profité de l'absence d'impôts sur le revenu.

Un symbole.

Une institution, une référence mondiale, un symbole du rêve américain (Yes we can). Symbole utilisé par les studios au travers de séries télévisées mondialement connues (Las Vegas Parano) et de jeux vidéos (Fallout New Vegas) qui par le fait même ont renforcé l'image mythique que représente Las Vegas.

III. Nécessité d'une prise de conscience rapide.

Ce développement effréné, s'est accompagné d'une diminution de la ressource en eau, et ses dernières années, le lac Mead à vu son niveau baisser de 2 à 3 m par an et sa superficie régulièrement diminuer, d'autant que depuis 11 ans, avec une sécheresse prolongée, les précipitations dans tout le bassin du Colorado sont inférieures à la moyenne. Pour Tim Barnett et le climatologue David Pearce de l’Institut Scripps d’Océanographie de l’UCSD (Université de Californie de San Diego), il y aurait même 50% de probabilité que le lac Mead soit à sec en 2021 si les conditions du changement climatique sont conformes aux prévisions et si il n’y a aucune mesure politique importante prise pour la réduction de la consommation d’eau.  En octobre 2010, selon l’agence spatiale européenne, il a atteint son niveau le plus bas (330 m au dessus du niveau de la mer) depuis sa mise en eau il y a 75 ans ! (nota : les autorités locales du Nevada ont ainsi prévu que si le niveau continue de baisser et atteint 327 m, une pénurie sera déclarée et des mesures de rationnement devront être mises en œuvre. 

  Niveaux du lac de 1930 à 2002 (Baisse régulière et rapide visible depuis 2000).  

 

 

Les marques blanches témoignent de la baisse du niveau des eaux. (photo ESA)

Cette sécheresse rappelle combien les promesses du barrage Hoover étaient irréalistes. Certains disent que "le barrage à construit l'Ouest américain, mais qu'il l'a aussi emprisonné dans la camisole de force d'un appauvrissement progressif en eau".

La ville de Las Vegas a donc besoin d'une rapide adaptation écologique à son environnement pour garantir sa survie, sinon la ville du "péché"  est vouée à disparaitre.      

 Pour faire face à une pénurie de plus en plus importante d'eau, les autorités municipales ont commencé à prendre des mesures:

  • Ainsi le conseil de gestion de l'eau de la ville subventionne les propriétaires afin qu'ils suppriment le gazon de leurs jardins, gazon qui demande un entretien coûteux en eau, pour le remplacer par des produits synthétiques ou par une végétation de zone aride (cactus). 
  • Face à cette pénurie de "l'or bleu" une police de l'eau à été mise en place (Southern Nevada Water Authority) et un nouveau métier créé: chercheur de fuites d'eau. Cette institution met notamment en place un système de patrouilles qui parcourent la ville en inspectant des résidences à la recherche de fuites d'eau ou d'un gaspillage flagrant, comme les arrosages de pelouses pendant les heures interdites, qui sont passibles de contraventions.
  •  Las Vegas a également mis au point un système permettant de recycler l'eau gaspillée.

Malgré ces initiatives qui visent également à donner à Las Vegas une image de ville écologiquement responsable, la municipalité ne met pas réellement en place des grands moyens pour préserver la cité du désastre écologique. Les infrastructures écologiques sont très rares et les casinos qui sensibilisent leurs clients à cette problématique se comptent encore sur les doigts d'une main. Signe de l'hypocrisie de la situation, alors que la mairie ne s'attaque pas aux gros problèmes, elle a, pour se donner une image écologiste,  annoncé que "les lumières des feux de circulation seront remplacées par des LEDs". Bien que conscient de la situation, les responsables locaux comme Pat Mulroy directrice de la gestion des eaux de la vallée de Las Vegas, estiment "qu'en changeant nos habitudes en ce qui concerne l'utilisation de nos ressources en eau, tout comme les autres villes de l'Ouest, nous pouvons encore tenir 50 à 80 ans comme ça".

Aussi, d'autres solutions plus ambitieuses sont également évoquées comme :

  • la construction d'un pipeline (projet de plus de 2 milliards de dollars) qui alimenterait le lac Mead par de l'eau provenant de nappes phréatiques se trouvant à près de 500 km dans le nord  du Nevada (région de la Snake Valley). Si ce projet bien que très couteux est techniquement possible, il comporte des risques écologiques, puisqu’une exploitation de l’aquifère pourrait entraîner une baisse du niveau de la nappe et mettre en danger l’écosystème du milieu désertique ce qui n’est pas respectueux d’un développement durable. De plus il s’agit d’une ressource non renouvelable.  Ces oppositions conduisent aujourd'hui à freiner ce projet et dans une décision d'octobre 2010, la Cour suprême du Nevada repousse à 2012 toute décision.
  • Si les écologistes estiment que le niveau de la nappe souterraine va baisser, les sources se tarir, ce n’est pas tout. Le centre du Nevada est habité par plusieurs dizaines de milliers d’éleveurs qui y prélèvent de l’eau souterraine pour irriguer les terres qui produisent le fourrage. Les tensions risquent de continuer…  D’autres projets ont été envisagés, comme celui  d’aller chercher l’eau là où elle se trouvait en abondance... au Canada en détournant l'eau des grands lacs vers le sud. L’opinion publique canadienne s’est radicalement opposée à ce projet parce que l’idée de céder le contrôle de son eau soulignait cruellement la question de la souveraineté canadienne face à son encombrant voisin.  
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  • Un autre projet qui s'oppose au pipe line est la désalinisation d'eau  pompée dans le Pacifique. La "Water Authority" du Nevada est actuellement (2010) en négociation avec le Mexique pour la construction d'une unité de désalinisation. Ces deux projets qui ont chacun leurs défenseurs ont en commun l'énormité des coûts à engager, mais au regard des retombées financières importantes de Las Vegas, cet aspect financier pourrait être finalement secondaire si leur réalisation était de nature à sauver la ville.  
  •  Mais paradoxalement, l'eau à Las Vegas reste très peu chères, l'une des moins chère des Etats-Unis !

 

 

 

  Au bilan, l’eau est une ressource rare dans le Sud-ouest des Etats-Unis, à Las Vegas en particulier, région aux faibles précipitations. Pourtant les besoins augmentent sans cesse, ce qui pose un véritable problème de gestion de la ressource et alimente des conflits d’usage. Il est par conséquent nécessaire de trouver de nouvelles sources d’approvisionnement et de faire des choix : nappes souterraines, fleuves éloignés, eau dessalée du Pacifique,… Mais au-delà de l’impact très lourd au niveau environnemental des ces projets, une véritable prise de conscience s’impose pour réduire les prélèvements domestiques et contrôler la gestion de la ressource. Aujourd'hui une politique de véritables choix s'impose.

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